samedi 22 septembre 2018

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Pedreza de Yeltes, souverains en piste

Le cinquième taureau de l’après midi de clôture de la feria aura été le meilleur. Juan Leal a su en tirer parti pour obtenir la faveur du public et sortir par la grande porte. L’ensemble de la course a été d’un bon niveau et cet élevage a fait oublier les anciens seigneurs du plateau de Valras.

Cet élevage récent puisque présenté à Madrid il y a seulement huit ans a proposé six taureaux, très homogènes de comportement et de robes, superbement armés, et très largement toréables. Très engagés face aux picadors, ils ont permis aux toreroxs, Manuel Escribano, Juan Leal et Roman de s’exprimer.

Déjà présent les années précédentes, Manuel Escribano a déployé en piste tout son savoir-faire de torero engagé  en posant les banderilles et en proposant au public des faenas bien construites et à certains égards spectaculaires. Si son premier s’est révélé peu mobile après la sortie des piques, son second partenaire, appelé de loin avec une charge rectiligne, a pu très largement servir. Les deux conclusions de Manuel à l’épée, malgré son engagement, n’ont pas été concluantes, ce qui l’a sans doute privé de trophées.

   

Manuel Escribano, un excellent torero banderillero

Entame de faena de rodillas cuentra talanquera (à genoux contre les barrières) pour Manuel.

Une belle naturelle de face avec un toro très noble

 
Larga afarolada de rodillas à puerta gayola (Passe large au dessus de la tête et à genoux à l’ouverture de la porte du toril) Pose de banderilles Al violin, (La paire d’une main sur le côté opposé à la charge du taureau, évoquant le mouvement de l’archet du violon)

L’arlésien Juan Leal a toréé avec beaucoup d’intelligence ses deux adversaires aux comportements très différents. Le premier particulièrement statique ne permettait pas une grande faena. Il manquait visiblement de charge, malgré sa force qui avait dû être émoussée après deux piques tout à fait sérieuses. Le torero arlésien, issu d’une dynastie bien connue dans les ruedos a déployé tout son savoir-faire de tremendiste pour offrir au public des moments d’émotion. En allant chercher le taureau au plus près des cornes, en pesant sur lui, il a été largement plébiscité par le public, parvenant à arracher sur son premier, après l’oreille des gradins, celle de la présidence. (Une performance liée à une épée très sincère) Son estocade a été décisive. Ces deux oreilles à son premier taureau lui permettront, du moins on l’espère, de conclure la temporada avec l’espoir de nouveaux engagements. Cela est d’autant plus vrai qu’il n’a pas laissé passer sa chance face au cinquième taureau de l’après-midi, Joyito, dont on peut penser qu’il aura été le meilleur de la feria. Efficace sur les deux cornes, il passait près du corps avec un incontestable entrain. L’épée,  légèrement de côté, a pu priver l’arlésien d’une deuxième oreille, mais il n’en demeure pas moins que Juan Leal, malgré un nombre de corridas en 2017 assez limité, mérite très largement que les empresas lui donnent des opportunités. Le taureau a été récompensé d’un tour de piste (vuelta) posthume. 

   

Entame de faena à genoux pour Juan Leal

Une naturelle avec un taureau qui « embiste » qui suit la muleta au ras du sol

Joyito, 570 kg, né en août 2013 - Le meilleur toro de la feria (à notre avis)

 

Un taureau exceptionnel par sa noblesse et sa charge

Joyito de Pedreza de Yeltes a été gratifié d’un tour de piste (vuelta) posthume sous les applaudissements de l’arène

Le dernier taureau, redoutablement armé et particulièrement haut a été très vite avisé, et il a très largement pesé sur son adversaire qui a été parfois en difficulté. Il ne permettait assurément pas à Roman de s’investir autant qu’il aurait voulu.

   
Les toros de cet élevage se sont révélés excellents sur les deux cornes. (Ici à gauche pour une naturelle aidée) Une sortie en pecho pour le torero de Valencia originaire de Bretagne Le taureau est subjugué par la muleta de Roman Collado

Au moment de conclure sur ces chroniques qui n’ont pas d’autres ambitions que d’amener vers les arènes un public non connaisseur qui voudrait comprendre, pour peut-être apprécier ce qui lui est proposé, il convient de revenir sur un élément fondamental.

Si la corrida est un spectacle à nul autre pareil, c’est qu’il met en jeu des paramètres qui sont difficilement prévisibles. L’acteur principal n’est pas l’homme habillé de lumière qui offre son corps et qui oppose à un animal sauvage son courage et son savoir-faire. Celui qui « décide » de la qualité de ce que le public verra en piste, et des émotions qu’ils pourra en retirer, reste « le toro bravo ». Et c’est dans les secrets de la sélection patiente, pratiquée par des éleveurs qui sont les dépositaires de ce patrimoine génétique, du bos ibéricus que réside la magie de la tauromachie. Les exemplaires de Pedreza de Yeltes sont le résultat d’un travail de sélection particulièrement rigoureux. L’engagement de ces taureaux face à l’acier du picador a démontré tout le bien que l’on pouvait penser de cette démarche. Pour autant la bravoure de ces taureaux, leur caste, ne les rendait pas pour autant intorérables, bien au contraire. Adversaires sérieux ils supposent évidemment une extrême rigueur des toreros. En même temps, et c’est aussi l’une des qualités de cette dernière corrida de la feria, leur homogénéité de comportement qui allait jusqu’au choix du terrain, que l’on appelle la querencia, démontrait l’excellence de cet élevage.

Amené à remplacer les Miuras pour la corrida du 15 août , cet élevage qui n’a présenté que trois corridas en 2017 devrait sans doute revenir fouler le sable du plateau de Valras. On espère tout simplement que les pensionnaires de Miguel Angel Sanchez, l’ancien torero devenu ganadero, sauront rester à ce niveau, même si leurs succès peut amener à répondre à une demande sans cesse plus importante, avec les risques de baisse de qualité que cela peut impliquer. Mais encore une fois, on espère le contraire.

Bruno Modica