mercredi 14 novembre 2018

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Rencontre avec les chevaux toreros !

Corrida de rejon du 14 août pour Léa Vicens et Pablo Hermoso de Mendoza, les deux meilleurs rejoneador du moment.

Beaucoup moins connu que la tauromachie à pied, pourtant plus récente, puisque sa codification remonte au début du XVIIIe siècle, le combat équestre contre les taureaux remonte sans doute à la période de la reconquista. Entrainement militaire pratiqué par les chevaliers il permettait de maîtriser également la population de bovins sauvages. Peu à peu l’exercice a été fixé, organisé sur une place, d’où le nom de Caballeros en plaza que l’on donnait aux aristocrates qui se consacraient à ce loisir. Aristocrates car l’entretien d’une cavalerie n’est évidemment pas accessible, dans cette Espagne du siècle d’or, au commun des mortels. Cette spécialité se développe simultanément en Espagne et au Portugal. Sur la partie ouest de la péninsule Ibérique, la mise à mort publique du taureau est interdite au XIXe siècle.( Ce qui signifie que le taureau est abattu à la sortie des arènes).

Le choix des arènes de Béziers de proposer une corrida de rejon, puisque c’est ainsi que l’on désigne cette spécialité, a été précédé par des spectacles mixtes, les années précédentes, réunissant des toreros à pied et un cavalier.

En proposant pour un Mano à Mano celui qui domine cette spécialité depuis 1989 , Pablo Hermozo de Mendoza et la nîmoise, Léa Vicens, venue à Béziers en 2017, l’équipe de Robert Margé a fait un choix particulièrement pertinent. Le public sera évidemment séduit par la prestance des chevaux et de leurs cavaliers respectifs. Face aux taureaux de l’élevage de Fermin Bohorquez, une grande famille d’éleveurs et de cavaliers c’est en réalité un groupe équestre complet qui se présente. Le cavalier fait littéralement corps avec son cheval, et comme dans la tauromachie à pied il s’agit de proposer au taureau le corps du cheval comme une menace. Cela déclenche une charge particulièrement rapide, et la grâce du cheval fait tout de même parfois oublier le danger que représente un animal de près de 500 kg dont la course au démarrage équivaut à celle d’un cheval au galop.

Le cheval et sa cavalière représentent une menace pour le taureau qui s’élance

Les quatre ou cinq chevaux que les cavaliers présentent pour les différentes phases du combat sont particulièrement entraînés, les spécialistes considèrent qu’un cheval torero atteint sa maturité entre 5 et 10 ans. En dehors de l’activité dans les arènes, l’essentiel du temps d’un rejoneador est consacré à la sélection de ses chevaux, et à leur entraînement. Il s’agit de forcer l’instinct naturel du cheval qui serait de fuir face au taureau et de le conduire à le défier.

Ce spectacle est également un combat, et même si le diamant des cornes a été retiré pour éviter que le cheval ne soit blessé en cas de contact, le danger rôde aussi. La moindre erreur dans la conduite du cheval à pleine vitesse, le mauvais appui sur un changement de direction, et l’accident devient possible, avec toutes ses conséquences.

Mais les deux cavaliers, Léa Vicens et Pablo Hermoso ne sont pas les premiers venus. Léa Vicens a été à bonne école, celle de Angel Peralta, venu pour l’une de ses dernières prestations publiques à Béziers en 1996, et qui avait en son temps révolutionné sa discipline. La tauromachie à cheval a très longtemps été dominée par les Portugais, dont le costume est celui des cavaliers du XVIIIe siècle. Les caballeros de tradition espagnole, avec la révolution de Mendoza au début des années 90 ont renouvelé la spécialité. Le combat est beaucoup plus mobile, les figures inscrites sur le sable des arènes par le mouvement du cheval face aux taureaux de plus en plus proche de la tauromachie à pied.

Face au cheval, le taureau est loin d’être impuissant. Contrairement aux passes servies par un torero à pied qui lui imposent de baisser la tête avec un mouvement de rotation, le taureau de rejon poursuit inlassablement le cheval avec une trajectoire qu’il cherche à rendre rectiligne, tout naturellement. L’art du cavalier sera, comme avec une muleta, de guider sa charge et d’inscrire sur le sable des arènes cette figure de style qui démontrera sa domination face à l’animal sauvage.

Pose de banderilles courtes en pleine course du taureau

La corrida à cheval offre tout naturellement un spectacle plaisant, d’apparence plus accessible à un non connaisseur. On apprécie évidemment la beauté de ses chevaux de race espagnole ou lusitanienne, leur comportement parfois un peu cabotin, car certains ont parfaitement conscience d’être les stars du spectacle tout comme la posture des cavaliers et leur habileté pour poser les banderilles.

Mais en réalité, contrairement à la tauromachie à pied où un homme s’expose face à un taureau pour le dominer, le cheval introduit une troisième dimension. La géométrie euclidienne qui inscrit des figures sur le plan des arènes devient alors celle de Riemann, où le groupe équestre vertical rencontre dans l’espace l’horizontalité de la masse du taureau en mouvement.

Que les choses soient claires, au moment où la corrida devient de plus en plus contestée, et probablement pour les pires des raisons, il faut affirmer, haut et fort, que cette discipline artistique révèle les capacités de l’homme, celui à qui, pour reprendre Pic de la Mirandole, le créateur a donné la maîtrise de la nature. Rares sont les lieux où l’homme cherche à la défier, sans pour autant la défigurer, mais au contraire en la mettant en valeur et en la conservant.

Bruno Modica