mercredi 14 novembre 2018

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50 ans de féria : départ en première classe !

Cette 50e édition de la feria de Béziers aura sans doute, pour les aficionados une saveur particulière. La direction des arènes a choisi de renouveler la tradition en retirant des cartels un élevage comme celui de Miura qui pendant des décennies avait été largement associé à cette plaza.

Enrique Ponce et Sébastien Castella au cartel

La première corrida, celle du 11 août, opposera un élevage déjà largement connu, celui de Garcigrande, à deux toreros, pour un mano à mano, Enrique Ponce et Sébastien Castella. Enrique Ponce est sur les sommets de la tauromachie depuis près de 30 ans. On ne se trouve pas cette place par hasard, surtout depuis tant d’années. Sa technique particulièrement maîtrisée, sa capacité à comprendre, en l’espace de quelques secondes, le comportement de ses adversaires, sont pour le public qui le suit une forme de garantie. On ne le dira jamais assez, tous les taureaux ne permettent pas aux matadors d’exprimer leur talent, mais avec Enrique Ponce on a la certitude quasi absolue qu’il fera tout pour exprimer devant le public le potentiel du taureau. Ça tauromachie très classique, avec une précision quasi millimétrique fait parfois oublier que l’adversaire, même issu d’un élevage réputé pour sa régularité, reste un animal sauvage, lourdement armé. Ponce donne une impression de facilité que le public le moins averti peut prendre pour une évidence. Les amateurs qui le suivent savent bien au contraire qu’en presque 30 d’alternative Ponce n’a jamais cessé d’approfondir sa maîtrise, pour atteindre, avec sa maturité, une certaine plénitude. Pour l’auteur de ces lignes, Enrique Ponce restera toujours celui qui dans les arènes de Madrid, avec un public particulièrement rétif, et un président particulièrement avare de ses trophées, avait soulevé l’enthousiasme du roi d’Espagne, Juan Carlos, totalement séduit, au point d’essayer d’exercer une pression royale, sur la présidence de cette corrida.


Sébastien Castella est considéré par les biterrois comme leur torero. Beaucoup l’ont connu, alors qu’il avait à peine 10 ans devant des vachettes, et puis petit à petit, grâce au soutien de Robert Margé, directeur (Empresa) des arènes de Béziers, et éleveur (Ganadero) et impresario (Apoderado), il a franchi toutes les étapes, jusqu’à son alternative, il y a maintenant 18 ans. Torero exigeant, il est en permanence à la recherche du geste juste, de cette position qui lui permet de donner à la force d’un fauve la trajectoire qu’il a décidée. Sébastien Castella semble avoir atteint une certaine plénitude. Il ne cherche pas forcément la facilité, avec cette exigence de perfection qui l’amène à peser sur le comportement de ses adversaires. Il est évidemment l’enfant chéri de Béziers, même si sa carrière l’a peu à peu éloigné de sa ville natale. Pourtant, lorsqu’il se trouve dans ce couloir de la peur, celui qui ouvre vers les arènes, au moment du paseo, on ressent toujours chez lui cette émotion fugace, même s’il reste très peu loquace en cet instant si particulier.

L’élevage de Garcigrande a déjà été présenté dans les arènes de Béziers, et son origine, Juan Pedro Domecq peut constituer une forme de garantie, de par la régularité de son comportement. Pour des toreros comme Enrique Ponce et Sébastien Castella, ce type d’adversaire, qui associe la bravoure à la noblesse leur permettra probablement d’exprimer leur art.

Pour terminer sur une petite « initiation », le comportement du taureau de combat, issu d’une patiente sélection, conduite sur plusieurs décennies, sur près de deux siècles pour les plus anciens élevages, doit associer deux qualités qui peuvent sembler contradictoires. La bravoure tout d’abord, car il s’agit d’un animal de combat qui doit subir un choc avec la cavalerie, et charger tout ce qui peut représenter une menace. Car le taureau est bien un animal sauvage, qui reconstitue très rapidement sur le sable des arènes, son territoire.

La deuxième qualité que l’on recherche est la noblesse, c’est-à-dire cette capacité à suivre la cape ou la muleta que le torero lui offre. Un animal qui agite ces cornes dans tous les sens est évidemment difficile à toréer, et bien entendu particulièrement dangereux. En même temps, ce type de comportement traduit un défaut de bravoure, puisque le taureau se met ainsi sur la défensive.

Toute l’art des toreros, et notamment ceux qui dominent depuis longtemps leur spécialité comme Enrique Ponce et Sébastien Castella est de s’accommoder de leurs adversaires, aussi rétifs soient-ils pour offrir au public ces moments uniques, forcément éphémères, ceux où la force brute s’associe à la grâce, dans une douce lenteur, pour un toreo de soie.

Bruno Modica